Première réflexion sur la crise du coronavirus

Cela fait trois mois que la pandémie Covid-19 a commencé en Chine et un mois qu’elle est arrivée pour de bon en Europe. Cet événement a déjà des conséquences profondes sur le fonctionnement de nos sociétés, certaines de ces conséquences seront durables et nous n’en mesurons sans doute pas encore toute la portée. La survenue de la pandémie démontre violemment à quel point nos sociétés se sont rendues vulnérables en prenant pour seule boussole le « toujours plus, toujours plus vite, toujours plus loin », en se confiant toujours plus au marché comme lieu privilégié d’interaction entre les humains et en ignorant la nature dont nous faisons partie.

D’emblée, je voudrais dire toute notre solidarité avec les victimes directes de la maladie, avec leurs proches ainsi qu’avec toutes celles et ceux qui portent à bout de bras notre système de soins de santé, en prenant des risques personnels. Au-delà, nous saluons celles et ceux qui assurent le fonctionnement quotidien des secteurs indispensables de notre économie, dont nous dépendons tout simplement pour notre vie quotidienne.

C’est délibérément que je ne reprends la plume que maintenant. En effet, face à une telle urgence, ce sont les exécutifs qui, du niveau communal au niveau européen, ont la main. Pour autant, les Parlements doivent jouer leur rôle à la fois de législateurs en adoptant, comme ce fut le cas hier par le Parlement Européen, les mesures législatives d’urgence requises par la situation et en contrôlant l’action des exécutifs. Avec le recul de ces quelques semaines écoulées, je voudrais ici aborder quelques questions saillantes à mes yeux.

1. Une première chose saute aux yeux : nous n’avons pas appliqué le principe de précaution, pourtant inscrit en toutes lettres dans les traités européens. Ceci est selon moi la conséquence directe de la dérive néo-libérale entamée voici quarante ans en Europe, et qui considère que les intérêts économiques doivent constituer l’alpha et l’omega des décisions publiques. Le bon sens aurait exigé la fermeture des frontières externes de l’Union aux personnes provenant des zones touchées tant que l’épidémie n’aurait pas été jugulée en Asie. Dès l’instant où cela ne fut pas le cas, des mesures de testing, de précaution (constitution de réserves pour le matériel de protection et plan global de distribution) et de confinement auraient dû être prises bien plus tôt chez nous. À chaque fois, le risque économique prit le pas sur le risque sanitaire, avec les conséquences que l’on sait. Aujourd’hui encore, les pires néo-libéraux – comme par exemple Jan Jambon, ministre-président flamand – font passer les profits avant la vie.

2. Un deuxième élément que je voudrais souligner est le danger que les mesures prises dans le cadre de la réponse à la crise d’une part aillent au-delà de ce qui est nécessaire, soient disproportionnées en termes de restrictions aux libertés et surtout deviennent permanentes. À ce stade, notre pays a évité cet écueil, il pourrait y tomber si le gouvernement devait abuser des pouvoirs spéciaux qui lui ont été conférés par le Parlement. Mais d’autres Etats-Membres de l’UE – je pense en particulier à la Hongrie et à la France – ont adopté ou sont en voie d’adopter des mesures qui donnent à la branche exécutive des pouvoirs exorbitants et restreignent les libertés de manière intolérable. Sur ce point, nous ne ménagerons pas nos efforts au niveau européen pour exercer toute la pression requise pour mettre fin à ces dérives.

3. Sur le plan économique, cette crise aura des conséquences colossales. L’Union Européenne n’est pas pour autant mal armée pour y faire face. Je me réjouis qu’après un faux-pas initial de sa présidente, la Banque Centrale Européenne ait fait sa part du boulot en annonçant un programme de rachat d’obligations (c’est-à-dire de prêts massifs), même s’il nous appartient de rester lucides, au regard des expériences précédentes, par rapport aux effets distributifs de cette politique monétaire. Mais, comme ce fut le cas lors de la crise financière mondiale de 2007-2008, puis de la crise de la zone Euro qui l’a suivie, les gouvernements des Etats-Membres, prisonniers volontaires de leur idéologie, se sont abstenus d’agir. En effet, les deux bras de l’action publique sur le plan macro-économique sont la politique monétaire et la politique budgétaire. La première à été menée à fond par la BCE, sous l’impulsion de Mario Draghi. La seconde est restée au placard, au motif qu’il n’appartiendrait pas aux Etats de s’endetter et d’être des acteurs économiques. Je me réjouis qu’au niveau national, ces tabous sont en train de tomber, mais ce n’est pas encore le cas au niveau européen. J’y reviendrai plus loin.

Cette crise fera subir des pertes colossales à nos économies et il appartient aux institutions démocratiques de faire en sorte que, cette fois, elles soient assumées par chacun-e à mesure de ses capacités. La crise de 2007-2008 a entraîné une augmentation des inégalités; celle-ci doit impérativement les réduire, et cela résultera d’abord et avant tout de choix politiques.

4. Enfin, mais où est donc l’Union Européenne ? Comme ce fut le cas par le passé par exemple sur le plan de la politique d’asile et de migration, j’ai entendu des reproches à l’égard d’une apparente inaction de l’UE. La réalité est que, dans la construction actuelle de l’UE, la gestion des urgences sanitaires relève encore et toujours des compétences nationales, voire régionales. L’UE ne dispose pas des leviers principaux pour agir en ce domaine. Alors que nous avons institué un marché unique et une zone de libre circulation (« l’espace Schengen »), nous n’en avons jamais tiré les pleines conséquences : si les personnes peuvent librement circuler, il va de soi que la gestion d’une telle crise sanitaire doit bénéficier d’un leadership fort au niveau européen.

Au lieu de cela, nous avons assisté et assistons encore à une manifestation parfois odieuse des égoïsmes nationaux. Ce fut le cas lorsque l’Allemagne refusa d’exporter du matériel sanitaire et médical vers l’Italie, ou encore aujourd’hui lorsque ce pays, avec les Pays-Bas et quelques autres, refusent la mise en place d’euro-obligations, qui constituent le moyen le plus efficace pour empêcher un effondrement économique.

Pour nous, il est clair que la manière dont cette crise sans précédent sera gérée en Europe peut avoir des conséquences mortelles pour le projet européen. Et si tel devait être le cas, ce ne sont moins les forces politiques réputées nationales-populistes qui en porteront la responsabilité que ces « leaders » issus des familles politiques traditionnelles, arc-boutés sur leurs obsessions idéologiques en matière de politique économique ou sur la défense de ce qu’ils considèrent comme leurs intérêts nationaux.

Comme le bouleversement climatique, la crise du coronavirus met profondément en cause la manière dont nos sociétés fonctionnent. Nous n’avons certes pas encore jugulé cette crise et tous les efforts doivent être dirigés là-dessus en ce moment, en évitant les écueils que j’ai soulignés plus haut. Mais il y aura un après Covid-19. Il devra impérativement nous conduire à réorienter nos sociétés pour les rendre plus résilientes ce qui suppose qu’elles soient à la fois plus justes, plus durables et plus démocratiques.

Pour mieux comprendre la position des Verts/ALE en faveur d’une réaction européenne forte face à la crise du coronavirus: https://www.greens-efa.eu/…/european-response-to-covid…/

 

Philippe Lamberts

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